La Santé en Meuse : avril 2006
Article pour la Presse : la Meuse malade de son système de soins.
Jean-Marie Cousin, président de la Coordination Meusienne des Praticiens Libéraux.
Candidat aux élections du 29 mai 2006 des Unions Régionales de Médecine Libérale.
Je suis malade ! Je prends mon téléphone et j’appelle un médecin. Demain, ce geste simple deviendra peut-être pour beaucoup de Meusiens le début d’une « galère ». Pourquoi ?
- Parce que 58% des médecins meusiens ont plus de 50 ans et seront bientôt en retraite.
- Parce que les jeunes montrent peu d’attirance pour la médecine générale, encore moins pour la campagne et préfèrent le soleil du Sud aux froideurs du Nord et de l’Est.
- Parce qu’à travers la crise du CPE la jeunesse de notre pays a manifesté son désir de vivre d’abord et avant tout dans la sécurité. Pour un jeune médecin l’aspiration est identique : puisque maintenant la longueur des études est la même, mieux vaut être dermatologue sur rendez-vous, sans garde et sans urgence que médecin généraliste le jour et la nuit.
La Presse évoque les modalités de l’intervention publique face à ce problème (article de l’Est Républicain du 14 avril 2006) : des systèmes d’aide à l’installation des jeunes médecins en zones déshéritées sont mises en place. C’est rassurant…peut-être ?
On crée depuis des années des emplois aidés et notre pays est toujours gangrené par le chômage. On aide certaines productions agricoles mais l’avenir de l’agriculture est toujours incertain. L’Etat prélève toujours plus d’impôts, de taxe et de droits divers pour intervenir partout dans notre vie. Sommes nous plus heureux ? Sommes nous capables d’offrir à nos jeunes un avenir plus radieux ?
Dans tous ces cas l’intervention publique relève de l’acte curateur et non préventif. C’est toute l’organisation du système de santé qu’il faut revoir mais avec courage et humanité. Un seul exemple sera démonstratif du courage politique qui, en cette matière, fait souvent défaut.
Il y a quelques mois notre ministre de la santé a du trancher à propos de nouveaux taux de remboursement de médicaments, revus à la baisse. La Haute Autorité de Santé, composée essentiellement de scientifiques et mise en place par le pouvoir politique, conseillait au ministre de dérembourser les veinotoniques (médicaments proposés dans les troubles de l’insuffisance veineuse des membres inférieurs). Ceci risquait de faire quelques millions de patients insatisfaits et donc autant d’électeurs mécontents. Des conseillers « avisés » s’approchèrent de l’oreille du ministre. Finalement ce dernier décida de simplement baisser le taux de remboursement, laissant ainsi « courageusement » aux Mutuelles le soin de rembourser la différence. L’application d’un éventuel déremboursement total sera revue après les élections présidentielles ! Dans le même temps, on conseilla au ministre sans l’avis de la Haute Autorité de Santé, le déremboursement des matelas anti-escarres, prescrits à domicile pour les patients grabataires ou en fin de vie : seulement quelques milliers de personnes, bien peu d’électeurs. La décision fut prise et appliquée promptement.
On se prends à rêver d’un monde où nos responsables décideraient autrement qu’en scrutant leur nombril électoral. Ainsi, on pourrait imaginer de revaloriser les professions que les jeunes fuient pour divers motifs : « trop de risques », « mal payé », « études trop longues »… et de baisser les revenus là où les amateurs et les talents ne manquent pas. Est il bien sage de rémunérer si cher le sportif, le chanteur, le présentateur de télé et si peu le chercheur obscur qui après des années des études tentent de percer les secrets du cancer ? Est il juste d’accorder des droits d’auteurs sur la chansonnette, à vie et transmissibles aux héritiers, quand on limite la durée d’un brevet à 10 ou 20 ans ?
Les idées mènent le monde et demain si les citoyens le décident tout cela peut changer. Il nous suffit de vouloir.
C’est pour cela que je suis candidat aux Unions Régionales de Médecine Libérale le 29 mai prochain.